Voilà… c’est fini ! Un bilan après cinq mois sur la route

August 26, 2015

Voilà… c’est fini ! 5 mois sur la route, 5 mois sans maison mais dans 33 lits, 5 mois sans quotidien, 5 mois sans travail, 5 mois dans une valise de 80 cm, 5 mois et 4 continents, 5 mois et 34 putain d’avions. Des paysages à tomber, à mourir d’amour, à damner un saint. Des gens encore mieux.

 

 

Et pour illustrer cet article quelques photos inédites de Jamaïque, le pays où j'aime tant faire des photos - Vynil Thursdays @ Veggie on the Wheels

 

Je suis partie de Paris car je n’aimais plus ma vie, je me demandais où j’avais signé la case en petit qu’on ne lit jamais et qui stipulait le combo taff de merde-appart trop cher. Je me demandais si ça allait vraiment être ça ma vraie vie d’adulte, parce que c’était pas celle que j’avais fantasmé petite dans mon lit la nuit. J’étais en colère contre tout : Paris, les parisiens, le froid, notre société qui me semblait de plus en plus injuste, et ma vie qui me correspondait de moins en moins..

 

NahSwitch et Dj Keshkoon dans leur yard à Kingston 11

 

Et puis ce voyage ! Je pensais revenir avec une plus grande compréhension du monde… 5 mois après, le monde n’a pas changé d’un iota, aussi injuste et impitoyable, mais j’ai changé de position par rapport à lui. Je pensais comprendre le monde, c’est plutôt moi que j’ai compris. Parce que 5 mois face à soi même, sans métro boulot dodo, ça vous laisse du temps pour l’auto-analyse. Je reviens avec l’envie de faire la peau au monde, plutôt que le laisser gagner !

 

Un Chanteur du studio "Bakery"

 

J’ai partagé mon dortoir avec un gros australien poilu ronfleur qui dormait en slip taille S et une prostituée malpolie qui répondait à ses clients en pleine nuit, j’ai regardé le soleil se coucher depuis des endroits paradisiaques, j’ai ridé des scooters, des élephants, des bateaux, des avions, des vélos, des tuks tuks et des motos à plusieurs, je me suis faite consoler par une inconnue cubaine qui m’a prise dans ses bras et bercée de mots tendres que je comprenais à moitié quand elle séchait mes larmes, j’ai arrêtée la viande, j’ai regardé Sin City en thaïlandais dans un bus de nuit, j’ai dansé sur du Beres Hammond à Rae Town, j’ai fumé des joints avec mon papa en rigolant bien, j’ai rencontré des gens inintéressants (un peu) et des gens passionnants (bien plus !), j’ai repoussé mes limites de sommeil, de nourriture et de propreté, j’ai été accueillie comme une sœur par des inconnus à la Nouvelle Orléans et à Boracay , j’ai bu un lac entier d’eau de coco et mangé une montagne de m&ms au chocolat (le seul produit que vous pourrez trouver PARTOUT si comme moi vous êtes accro au chocolat), je me suis faite tatouer à Kingston, j’ai vu les Pelicans battre les Spurs, j’ai dormi chez des parfaits inconnus absolument adorables aux Iles Caymans, j’ai perdu mes lunettes et cassé mon téléphone, j’ai discuté en espagnol alors que je ne parle pas espagnol avec une mamie cubaine édentée et sucrant un peu les fraises qui m’a souri pour 4, j’ai expliqué les rudiments du dancehall à un ouzbekh dans un sound system costaricien, j’ai refait le monde avec des inconnus, j’ai fait ma lessive sous la douche tous les jours, j’ai parlé engagement politique avec un suédois en mangeant des sushis au Cap, j’ai porté 15 mêmes fringues pendant 5 mois, j’ai vu un double arc en ciel et des singes chasser un écureuil, j’ai partagé le sol de l’aéroport de Manille qui était mon lit pour la nuit avec les hommes et femmes de ménage du coin qui ont pris soin de moi, je me suis régalée de la street food thaïlandaise, je me suis faite recaler d’un onsen japonais (à cause de mes tattoos) et d’un club américain (parce que je n’avais pas mon passeport sur moi), j’ai sound systémé dans un township du Cap…

 

 

 

Dur de dire ce que j’ai à vous dire sans passer pour une allumée new age qui aurait sniffé du Walt Disney coupé à de la romcom cheesy. Durant ce voyage, j’ai vraiment appris à… aimer, aimer dans ses degrés, ses pourcentages, ses différences, ses subtilités. J’ai appris à vraiment aimer vivre entourée de ces 7 milliards d’autres et ressenti vraiment les petits plaisirs quotidiens dans leur entièreté. J’ai ressenti de l’amour et de l’empathie pour des gens de tout âge, de tous les coins, dont je ne parlais parfois pas la langue. J’ai compris que l’attitude et le langage corporel, le regard et le sourire faisait passer suffisamment, qu’on a tous des histoires, des cultures, des envies différentes, ce qui nous rend unique…Mais qu’on a tous les mêmes sentiments, et que ce qui nous lie tous, c’est ce putain d’amour. Des siens, de sa famille, de la personne qui est dans notre cœur, de son peuple, de ses semblables, mais aussi des autres... Je me sens reconnaissante pour toutes ces expériences et ces personnes que j’ai embrassées et qui m’ont tous à leur échelle façonnée. J’ai ressenti tellement de chaleur, de tendresse de la part de tous ces étrangers. Ce voyage aura été mon chemin de croix, je n’ai pas trouvé Dieu (encore ? :-)), mais j’ai trouvé une paix intérieure, une gratitude fortement ancrée, une balance interne à laquelle m’accrocher quand ça tangue un peu. J’ai appris que les rapports humains marchaient comme des miroirs : plus tu donnes de quelque chose, plus tu en reçois. Alors j’ai suivi les conseils de mon cher papa qui n’en manque jamais, j’ai ouvert mes chakras de l’amour et j’ai pris des vagues de kiff en retour.

 

 

Je ne suis pas en train de vous dire : VOYAGEZ ! Ce qui me va ne convient pas forcément à tous, et puis le voyage, soyons honnête, c’est pas tous les jours marrant, des fois tu pleures (souvent), des fois tu te demandes ce que tu fous là tout seul comme un con, des fois tu manges des trucs dégeu et tu tombes sur des gens antipathiques. Ce que je voudrais surtout vous dire, à vous qui avez eu le courage de me lire jusque là (ehhhh d’ailleurs… merci !), c’est faites ce que vous avez VRAIMENT envie de faire. Ça peut sembler un peu enfonçage de porte ouverte tout ça (5 mois de réflexion pour ça, elle a pas inventé l’eau chaude la petite ! ;-p), mais c’est pas faux, et entre nous, avez vous toujours fait ce que vous vouliez faire dans la vie ? Cette vie là n’est pas une répétition générale mais la vraie de vraie, chaque jour qui passe et un jour de moins, on est 7 milliard alors sauf contre-indication vos choix personnels ne changeront pas la face du monde… donc pourquoi ne pas écouter cette petite voix dans votre tête, la même qui disaiy « quand je serais grand je serais astronaute-véterinaire-dauphin-danseur(se)-maitre(sse)-boulanger(e)-aventurier(e)-dresseur(se) de puce… » C’est ce que je viens de faire depuis 5 mois, et par dessus le fait que je n’ai jamais été aussi heureuse, équilibrée et épanouie, je pense être devenue une meilleure personne avec les autres aussi. Alors voilà, be yourself, just do it, ouvrez vos chakras de l’amour, ayez de la gratitude pour tout et rien, et faîte confiance en votre petite voix et dans tous ces autres qui sont souvent aussi chouettes que vous, croquons cette chienne de vie, et puis, on se reparle quand on dirige tous le monde ?

 

 Gabre Selassie @ Kingston Dub Club

 

P.S : Maman, merci pour tout cet amour et cette force !

 

PPS : Ne vous en faites pas, ce blog continuera d’être alimenté régulièrement, de voyages, de portrait, de musique, et très bientôt de la seconde grosse aventure que j’ai la chance de vivre en cette année : le Catch a Fire Tour aux Etats Unis. Restez connectés !

 

PPPS : Merci à vous d’avoir été de plus en plus nombreux et de plus en plus cosmopolite, vos retours me donnent énormément de force… Et comme ça fait 6 mois que je vous raconte ma vie, ça vous dirait en retour et en commentaire de m’en dire un peu plus sur vous ?

 

A très vite !

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