La Havane

July 13, 2015

Plus je voyage et plus je trouve ça un peu biaisé de vous donner mon avis : tout le monde peut vivre tout et son contraire dans un même endroit, c’est une question de timing, de rencontres, de mood personnel, d’où on vient et où l’on va, bref je pense qu’il n’y a rien de plus subjectif qu’un compte rendu de voyage. Néanmoins je vous donne le mien sur Cuba, sinon je ferme ce blog ;-p. Ce qui est indéniable, c’est que Cuba est unique ! Je commence à avoir un peu voyagé, et la mondialisation a créé des normes mondiales (hélas le pire de ce qui ce fait de mondial, poke Mcdo Starbucks Burger King et autre H&M) qui se retrouvent sur TOUS les continents… sauf à Cuba donc ! De Cuba qui fait quand même 1000 kilomètres de long, je n’ai vu que la capitale, la Havane où j’ai passé deux semaines. Cuba, c’est un choc, car ça ne ressemble à rien de connu.

 

 

 

 

 

On connaît tous les cartes postales d’immeubles coloniaux ou art déco colorés, avec des vielles voitures toutes aussi pimpantes qui passent devant. Tout cela est absolument vrai, partout à La Havane et pas seulement dans le centre touristique. Ce qui manque sur ces clichés, c’est le bruit, l’odeur, et la réalité des gens qui vivent dans cette carte postale. Car si tout cela ressemble aux années cinquante, les Cubains sont eux aussi, à quelques exceptions près, bloqués dedans. La Havane, c’est un carnaval de bruits : la télé de la voisine octogénaire bloquée sur la telenovela locale volume pied au plancher, mélangé au sound-system du voisin qui joue du reggaeton à fond les ballons, aux discussions animées des voisins qui font claquer les dominos sur la table, agrémentées des bruyants pots d’échappements d’un autre temps. La Havane, ça pue ! Parce que toutes ces vielles voitures doivent consommer 100 litres aux cent sous un cagnard jamais démenti, on flotte perpétuellement dans un nuage carbonique qui laisse un fin voile gris entre le soleil et la population qui slaloment entre chat errants, montagnes de détritus, routes défoncées et restes de la veille. La Havane, ça grouille ! De piétons qui attendent le bus sous les arches des bâtiments coloniaux, de papis aux gueules incroyables qui vendent des cigares, d’échoppes qui débitent à bon prix de la bouffe dégueulasse influencée US (pas sûr qu’ils aient pris le meilleur de cette culture !), de vendeurs de mille et une babioles qui sont ici des trésors : bouts de ficelles, bougies, chaussure solitaire, fil à coudre.

 

 

 

 

 

 

La Havane, c’est des codes inconnus : il y a deux monnaies en cours, une privilégiée pour les touristes (CUC) mais pas que, l’autre pour les cubains (CUP) mais pas que, et gare à l’arnaque si tu ne connais pas la différence : la monnaie touristique coute 25 fois plus que la monnaie locale ! La Havane, c’est sensuel, voir sexuel. L’arrivée à l’aéroport donne le ton, les douanières portent comme uniforme une mini-jupe et des bas résilles ! La mini-jupe est la pièce maîtresse de la tenue de toutes les femmes, écolières en uniforme, fonctionnaires en uniforme ou simple cubaines, de 7 à 77 ans. Les petites filles portent des pum pum shorts quand les mamies se maquillent comme des camions volés, tout seins dehors. Et les hommes passent des heures à les regarder passer, à les jauger, à les complimenter d’un sonore « guapa » « linda » « querida ». On peut en même temps les comprendre tant les distractions sont minces ! Une chaîne de télé, pas d’internet, un pays totalement coupé du monde dont les habitants ont le droit de sortir qu’en des occasions très règlementées. Du rhum absolument partout, vendu dans d’innocentes bricks à 50 centimes, pour noyer le temps qui passe. Paradoxalement, cet enfermement crée une culture incroyablement forte et reconnaissable entre milles. Et un métissage détonnant ! Je pourrais être cubaine, tu pourrais être cubain… .en théorie ! Oui, il y a des blancs, des noirs, des jaunes, et toutes les nuances intermédiaires, mais les cubains possèdent un faciès et une dégaine finalement assez reconnaissable. Les cubains se regardent de prime abord en chien de faïence : on est dans un pays dur, pas au Club Med ! Mais quand la glace est brisée, ces gens sont incroyablement chaleureux, j’en veux pour preuve la dame d’une soixante d’années qui passait a côté de moi alors que je pleurais dans la rue (pourquoi ? c’est une autre histoire). Elle est venue sans hésiter me prendre dans ses bras, me bercer tendrement, me dire des mots réconfortants que je comprenais à moitié vu mon piteux espagnol. Transposeriez-vous cette scène à Paris sans que cela induisent les urgences psychiatriques ? Il y a aussi eu la famille chez qui nous avons passé ces deux semaines, et particulièrement Rolando l’homme de la maison, qui noyait ses ombres le soir dans la Crystal locale, et qui m’a pris plusieurs fois vigoureusement dans ses bras en me disant « tu es de ma famille, tu es comme ma fille ». Les Cubains n’ont RIEN. RIEN. QUEUE DE CHI. L’embargo fait toujours rage et le seul supermarché que j’ai croisé en deux semaines était aussi vide qu’une pompe à bière après le passage d’un car d’hooligans. Et quand par chance il y a quelque chose dans les rayons, ne vous attendez pas à du choix : il y a UN jus, UN paquet de pâtes, UNE boite de thon. Les touristes sont leur seule ouverture sur le reste du monde. Du coup, ils font des petits business (de rhum, de cigares) et te demandent beaucoup. C’est parfois embarrassant, mais peut-on sérieusement leur en vouloir ? Si vous vous y rendez, vous avez le droit à 2 bagages de 23 kilos. Ça n’est pas pour rien !

 

 

 

Il y a bien sûr des aspects positif à ce système relativement unique : l'école et la santé sont gratuites et il n'y a pas de clochards à Cuba. Selon la WWF, Cuba serait même le pays le plus à même de se développer durablement, grâce à son niveau de développement humain (en matière d'éducation et de santé) acceptable et son empreinte écologique soutenable. Et plus simplement, après un moment étrange dans une ville sans publicité ni consommation à chaque coin de rue, on s'habitue vite et on apprécie ce champ visuel libre qui laisse place à d'autres mètres étalons que celui de l'argent roi. Il est tellement humain de vouloir ce que l'on n'a pas, et la majorité de la jeunesse cubaine rêve néanmoins d'une cuisine comme dans MTV Cribs, d'une bonnasse de clip de Reggaeton et de ressembler à Booba...

 

 

 

 

Pour combien de temps encore Cuba restera t’il tellement cubain ? C’est un mystère ! Car dès lors que les frontières seront réellement ouvertes et l’embargo levé, ce système anachronique s’effondrera tel un château de cartes…

 

 

 

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