Treme

June 6, 2015

Treme est jusqu'à Katrina un énième ghetto noir américain : vivier de talents, violence et pauvreté extrême, illettrisme et lieu stratégique de la lutte pour les droits civiques.

 

 

En 2005, Katrina a dévasté Treme. En plus de l’ouragan de force 5, les digues de la ville ont explosé, déversant le Mississipi dans la Nouvelle Orléans qui fut inondée à 80 pour cent (principalement les quartiers pauvres, car les quartiers riches, ancien quartier de colons et d’esclavagistes, avaient été construits sur d’anciennes réserves indiennes, indiens qui connaissaient bien leur terre et s’étaient installés au point le plus haut de la région). Les gens qui sont restés sur place sont majoritairement les pauvres et les personnes âgées. Après l’ouragan, après l’inondation, vint la torpeur. L’Etat américain a mis 4 jours à intervenir, laissant les gens sur place dans une merde noire : pas d’eau, pas d’électricité, pas de nourriture, l’inondation qui pourrissait tout, et des gens à bout de nerfs et armés. Il y a eu des pillages, il y a eu des viols, il y a eu des meurtres, il y a eu des gens qui ont crevé la gueule ouverte chez eux avant que les secours arrivent. Il y a eu l’armée canadienne avant l’armée américaine. On a empêché les habitants les plus vaillants de Nola qui n’en pouvaient plus d’attendre des secours qui n’arrivaient pas de quitter la ville. La façon dont l’Etat américain (n’)a (pas) agi  pendant Katrina est une catastrophe. Double effet kiss cool, les habitants des quartiers pauvres comme Treme sont ceux qui ont le plus perdu. D’abord donc parce qu’ils ont vécu l’inondation de plein fouet, aussi parce beaucoup n’étaient pas assurés (le salaire minimum est de deux dollars vingt cinq de l’heure, les gens sont payés à la semaine, les assurances sont très chères, le calcul est vite fait…) Ces gens qui ont tout perdu sont partis : Nola est passée de 500 000 à 350 000 habitants. Plus d'informations sur cette tragédie américaine dans ce (très complet) documentaire de Spike Lee qui laisse la parole aux habitants.

 

les traces de Katrina dans le quartier de 9th Ward qui fut le plus touché

 

 

 

Après Katrina Treme c’est un quartier dévasté, vidé, mais avec une histoire et une culture très forte. La chaîne câblée HBO voit en ce quartier une pépite et lui dédit une série éponyme. A partir de cette série (que je vous conseille:-)), beaucoup de choses changent à Treme. Des jeunes bobos riches blancs artistes hipsters viennent s’y acheter des résidences secondaires ou pour les plus courageux s’y installer. La population change, la gentrification est en marche. Les prix explosent, les coffee shop avec café torréfiée équitable sucrée à la fleur (d’anus) de sel ouvrent petit à petit. Les pauvres sont repoussées au confins de Treme, là ou le quartier est coupé en deux par une ignoble autoroute et où ca craint toujours autant du boudin. Les bobos, Treme ils aiment bien, mais faut pas non plus pousser mémé dans les orties quand même. Ils sont venus s’y installer pour son âme ? Oui, mais toutes ces fresques typiques qui racontent son histoire et ses personnalités, c’est moche, une petite pétition pour ripoliner tout ça en peinture taupe biologique sans additif. Les second line parades qui parcourent le quartier en musique à chaque évènement important (enterrement, mariage, carnaval...), vous êtes sympas (les noirs), mais ça fait beaucoup de bruit quand même ! Hop, une lettre au maire pour arrêter tout ça et demander que ce soit un peu plus règlementé quand même. Burp, vomito sur la gentrification. Les habitants originels de Treme tiennent le bon bout pour lui faire garder son âme et entre les salles de concerts, les second line parades et l’église du dimanche, la musique est toujours LÀ (prête à foutre le souk et tout le monde est cor-da).

 

 

 

 

Avec Albane et Yannick, nous sommes allés assister au service du dimanche matin à l’Eglise Saint Augustine. C’était comme le match de la NBA une première pour moi, et ça m’a laissé plus ou moins la même impression : ce besoin très humain de se réunir autour d’un but commun. Au début de la messe, un moment est dédié à ce que chacun salue son voisin, et à la fin, on récite une prière en se tenant tous la main : tous uni sur le même bateau (avec Jésus en grand G.O). Entre temps, un prêche assez subtil du prêtre local sur le droit au doute et à la faiblesse, et l’animation musicale du groupe local qui ne PEUT pas être mauvais, on est à Nola ! :-)

 

 

 

 

 

 

On a tellement aimé Treme qu’on est allé voir jouer son Brass band sur French Men Street (en résidence tous les mardis au DBA). Ça ne faisait pas partie de ma bucket list des choses à faire avant de mourir mais ça aurait dû ! Encore un moment de communion, cette fois-ci musical. Des jeunes, des vieux enlacés, des hipsters, des rockers, des touristes comme moi, des locaux, tous unis aux sons de cuivres porteurs d’émotions multicouches.

 

 

 

 

Treme got soul, Treme got so much soul !

Please reload

© 2017

by Emmylou Mai.