Le vert n'est il pas la couleur de l'espoir?

May 15, 2015

Douze heures de vol et douze heures de décalage horaire entre les Etats-Unis et le Japon, j’arrive à la Nouvelle Orléans les yeux moyennement en face des trous. Le temps d’apprendre que le taux de change euro-dollar a drastiquement changé en ma défaveur depuis mon départ de France, je comprends que mon séjour américain va se faire sous le signe de l’économie. Je choisis donc un (miteux) motel hors du centre ville comme point de départ. Si vous avez déjà mis les pieds aux Etats-Unis (pas à New York, aux Etats-Unis !! :-)), vous savez ce que motel en périphérie veut dire : Bab el Oued City ! Je dois en plus être la seule personne (folle-idiote-inconsciente-optimiste, rayez la mention inutile) qui part faire le tour du monde sans avoir mon permis. Je fais donc le trajet qui sépare l’aéroport Louis Amstrong de mon motel sur Chef Menteur Highway (ça ne s’invente pas ;-)) en bus (fois 2). Oui en bus, ce moyen de transport que les Américains n’utilisent pas. Deux heures de bus à travers l’Amérique pauvre et sinistrée plus tard, je dois être la première piétonne à franchir les portes du Carpet Inn (le concept du motel c’est de venir avec sa voiture, soit), qui donne de manière charmante sur une autoroute à droite, une autoroute à gauche, une autoroute au loin..

 

 

 

Je suis jet laguée, je suis fatiguée, j’ai faim mais le dioxide de carbone des 4 x 4 qui passent dans le coin ça ne nourrit pas sa femme, je suis pas très riche, je suis indisposée (comme on disait à notre prof de sport au collège :-p), je n’ai plus de carte bleue (je l’ai perdue..), je suis en manque de réconfort amical et affectif, et je commence vraiment à me demander qui a eu cette idée faussement géniale et parfaitement foireuse de décider de tout quitter pour être seule en territoire inconnu pendant 6 mois ! Ce que l’on appellerait communément une journée de merde ! ;-)

 

Heureusement, grâce à mon pote Terry qui vit en Suède, je suis en contact avec sa cousine Albane installée ici qui me propose d’aller voir le soir même un match de la NBA. Je prends ma dépression par les mains, je l’oblige à se bouger les fesses, j’ai en plus toujours faim, j’ouvre la porte de ma chambre tout en moquette et dessus de lit à fleurs qui sans la transpiration parfumée Mennen quand je suis obligée de la refermer (la porte, si vous suivez !). Le tonnerre gronde à t’en exploser le tympan et une mini tornade s’abat sur le motel façon machine à laver cycle très très très sale : rafale de vents et trombes d’eau pendant une demi-heure, sorte de répétition générale d’une version censurée du déluge. Je rate un bus, je rate deux bus, je rate trois bus, puis la pluie cesse, et je peux enfin me rendre vers l’arrêt le plus proche. C’était sans compter sur la pluie qui a fait disparaître totalement la chaussée, impossible de marcher sans avoir de l’eau jusqu'à la petite culotte. Tant pis pour la pauvreté, ya quand même les Pélicans de la Nouvelle Orléans qui m’attendent, j’opte pour l’appel à un (ami) taxi. Problème, la pluie a foutu un sacré bordel, et le taxi n’arrive toujours pas une heure après… Je commence à avoir sérieusement la dale, a être sérieusement en retard, et sérieusement énervée de tous ces aléas qui me font passer une journée chagrin tristoune qu’est-ce que je peux bien foutre là…

 

 

 

C’est alors qu’arrive sur le parking du motel un 4x4 noir aux vitres teintées, serti de grosses feuilles de cannabis et d’un magnifique 420. Amusée, je m’approche pour le prendre en photo. Je demande l’autorisation au conducteur qui ouvre sa fenêtre, laissant s’échapper une douce odeur sucrée que je n’ai pas sentie depuis maintenant deux semaines... Il m’explique qu’il fait un tour des Etats-Unis pour promouvoir la légalisation du cannabis dans différents Etats et qu’il a une radio spécialisée sur le sujet. Il me demande à mon tour ce que je fais dans cet endroit perdu, je lui explique que je dois aller à l’Arena mais que mon taxi m’a planté. Il me répond : « Monte, on t’emmène ! ». A l’arrière avec moi, deux collègues du chauffeur qui chillent en écoutant du gros son au milieu d’une déco weed friendly. Le concept est le suivant : pour 10 dollars (moins de la moitié de ce que m’aurait couté un taxi !), ils t’emmènent où tu veux, discutent avec toi cannabis et te roule un délicieux blunt de weed pour profiter de la course.

 

 

C’est ainsi que je me suis fait escorter jusqu’à bon port en fumant un bon gros joint pur des familles au son du dernier hit de trap en compagnie de parfait inconnu super nice. Avec le ventre vide et le jetlag, autant vous dire que je suis arrivée au match dans une quatrième dimension, un sourire béat accroché aux lèvres.

 

 

 

Quand il y a plus d’espoir, il y en a toujours, et celui ci prend parfois l’apparence d’un 4x4 noir et vert ;-) Pour le prochain article, je vous raconte mon premier match de la NBA... ;-)

 

 

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